Nicolas Chabanne, il travaille en solidaire
PORTRAIT - Mieux manger, rétribuer davantage les agriculteurs, respecter l’environnement… Sans marketing ni publicité, Nicolas Chabanne, fondateur de «C’est qui le patron?!», rêve de révolutionner notre façon de consommer. Connaissez-vous «C’est qui le patron?!» (CQLP), la marque collective et solidaire que Nicolas Chabanne, 52 ans, est parvenu à imposer dans le Caddie de plus de 15,1 millions de Français en seulement six ans?
C’est aujourd’hui la marque la plus plébiscitée en France parmi les nouvelles marques, révèle une récente étude Kantar. Lancée en 2016, CQLP compte aujourd’hui 32 références (beurre, œufs, miel, pâtes, chocolat, jus de pomme…), la star maison étant la fameuse brique de lait aux yeux rieurs que l’on trouve dans les supermarchés. À ce jour, 301 millions de litres de ce lait équitable ont été écoulés, ce qui en fait le numéro 1 des ventes en France *. Sans marketing et sans publicité. Même succès pour le beurre bio CQLP ; ou encore les œufs bio et plein air.
Prêts à jouer le jeu
Au départ, rien ne prédisposait pourtant Nicolas Chabanne à travailler dans l’agroalimentaire. Originaire du Vaucluse, ce littéraire passionné par les poèmes d’Arthur Rimbaud a étudié à la Sorbonne avant de se lancer dans le business des stations de lavage de voiture. Puis vient le premier déclic, lorsqu’il décide de voler au secours de ses amis producteurs de fraises locales et crée le label Les petits Producteurs. Un succès.
En 2013, c’est lui encore qui initie le mouvement des Gueules cassées, évitant à des milliers de fruits biscornus de finir stupidement à la poubelle. Puis a germé dans cet esprit inventif l’idée de C’est qui le patron?!, en pleine crise du lait. Le principe? Laisser les producteurs et les consommateurs s’entendre entre eux pour faire émerger des produits bons, responsables et transparents, sur la base d’un cahier des charges établi en amont par une coopérative citoyenne.
Un premier questionnaire a été mis en ligne le 13 août 2016 sur le site de CQLP: 6923 personnes y ont répondu, plébiscitant un lait d’origine française, la mise en pâturage du bétail six mois dans l’année, une alimentation sans OGM, des fourrages locaux et surtout… une rémunération permettant au producteur de ne pas perdre d’argent, voire de bénéficier de quelques jours de vacances dans l’année. Pour rémunérer au juste prix les producteurs (environ 3000 familles à ce jour), la brique de lait CQLP est certes vendue un peu plus cher que ses concurrentes (en moyenne 8 centimes de plus), mais les consommateurs sont prêts à jouer le jeu.
